
Gran Canaria : sous un peu de soleil,
Agüimes, Temisas
et le Roque Bentayga
Gran Canaria,
Agüimes, charmeuse, bien léchée
Ce gros village qui épouse un lent flanc de plateau à 280 mètres d'altitude possède un beau périmètre historique, au centre duquel trône le "Temple de la paroisse Saint Sébastien", une église à trois nefs et deux clochers, du pur style néo-classique canarien. L'intérieur est d'un baroque sage.
Si imposante qu'il est difficile d'en avoir une vue globale de proximité.




Agüimes est l'un des premiers sites d'implantation des conquérants de tous poils dès 1491. Après le premier évêque Juan Frias, les Rois Catholiques assignent la seigneurie de la région à ses successeurs dès 1487 ; 45 prélats s'y succéderont pendant trois siècles.
Ce qu'il en reste encore explique probablement après une restauration remarquable qu'il s'en dégage un charme fort.
Lors de notre passage, impossible de ne pas être frappé par le calme, peut-être explicable par l'absence presque totale de visiteurs, et une parfaite propreté.


Des murs anciens très colorés mettent en valeur et font ressortir les pierres, contrastes en taches de léopard sur fonds aux tonalités variables.
Le dessin crénelé des arêtes de maisons, les murs se marient élégamment avec la couleur simple de volets de bois, ou des façades de boiseries fauves travaillées.
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Des groupes sculptés (de bronze? ou bien de plâtre ocre comme de la terre cuite), originaux et de belle facture, à l'échelle et très réalistes, peuplent certains recoins et des placettes, personnages historiques ou de la vie quotidienne, musiciens avec leur instrument.
Dans la lumière, leur silhouette sombre immortalise une tranche de vie figée.
Mais celui qui représente un chameau en vraie grandeur au milieu d'un carrefour de ruelles, le plus fameux dit-on, échappera pourtant à notre passage trop pressé.




En tout cas, devant une table à l'extérieur du seul café ouvert, mollement assis sur nos chaises, le silence ensoleillé invite à une douce volupté à laquelle on ne résiste pas.
Mais le cadre est si bien léché qu'on en éprouve presque de la gêne à en profiter seuls.
Il vient spontanément à l'esprit qu'il est "mis en scène".
Bonne intuition et auto-satisfaction rétrospective : depuis 1988, se tient ici le Festival "Sur-Encuentro Tres Continentes", où des compagnies d’Afrique, d’Amérique et d’Europe échangent des expériences scéniques.
Même "la vie courante", un seul café ouvert avec un habitué anglophone, quelques enfants jouant..., paraît à peine oser y participer, timidement.
Gran Canaria,
Temisas, la modeste coquette
En même temps que part un groupe de randonneurs vers les petits sommets plus lointaines, nous sortons d'Agüimes, qui ici tourne court et laisse place aux champs clairsemés, cultivés en terrasses.
Vers l'ouest, sur presque 10 km, une route sinueuse sans grand intérêt gravit une lente pente herbeuse.
Puis, après quelques lacets plus nerveux, voici, à 700 mètres d'altitude, le village de Temisas, encadré avec pittoresque par des touffes de palmiers endémiques. De là, on peut contempler un vaste panorama vers la mer au loin.
Sur l'un des sommets vers le sud, un observatoire astronomique existe depuis 2008, à 850 mètres d'altitude.

L'observatoire
Le village s'adosse à une falaise brune, minérale, qui plus vers le nord dépasse les 1000 mètres.
Le minuscule centre historique est lové autour de la très coquette placette de l'église, elle-même d'un charme irrésistible.
Même si le ciel s'encombre de passages nuageux, on comprend sans peine ce qui a conduit le Gouvernement des Canaries à nommer Temisas "hameau représentatif des Canaries".
Ses maisons blanchies à la chaux dans le passé (qu'en est-il vraiment aujourd'hui?) se dispersent à travers des chemins en balcon que d'autres chemins croisent en forte pente.




Certaines d'entre elles sont récentes, assez cossues, résidences de loisir certainement.
Ailleurs, d'autres n'ont pas (encore?) bénéficié de l'atout du "hameau représentatif" ; des toits s'affaissent, des cabanes anciennes s'enfouissent sous une végétation envahissante : pour le visiteur amateur, le bonheur des recoins abandonnés, de l'insolite qui enchante.



Temisas est aussi connu pour ses oliveraies qui tapissent les pentes mamelonnées. Les premiers moulins à huile datent du 16ème siècle.
Là encore, le silence est total, à peine quelques bruits ou un chien qui aboie, dans les maisons et les fermes plus bas.
Gran Canaria,
le Roque Bentayga, site escarpé,
bastion historique de résistance aux Conquérants du 15ème siècle
Le site du Roque Bentayga, auquel on peut accéder comme nous l'avons fait depuis Artenara à travers quelques routes escarpées est assez pittoresque.
On peut y parcourir une exposition permanente sur les origines de l'île et de l'archipel.
Complète et très pédagogique, elle est hébergée dans un espace moderne très bien conçu, à demi dissimulé à flanc de montagne.
Son contenu, et ce qu'il a été possible de glaner par ailleurs à la "Cueva Pintada" de Galdar permettent d'actualiser et de compléter les informations trouvées lors de nos précédents séjours dans l'archipel.
Sur l'histoire pré-hispanique et la conquête, l'essentiel semblait alors se concentrer sur quelques documents comme :
"The guanches survivors and their descendants" de Jose Luis Conception (2005)
" The history of the discovery and conquest of the Canary Islands" reparu en espagnol à l'initiative de Juan Abreu de Galindo en 1977, mais d'abord traduit en anglais sous le titre indiqué, par Georges Glas en 1764, à partir d'un document espagnol trouvé sur l'île de La Palma.
Le site "jeanavu.org" relatif à notre 1ère visite de Gran Canaria, avait tenté d'en donner un résumé dans : https://fr.calameo.com/read/003803391e0ca13f97d42.
Il semble que l'effort local de recherche de la réalité historique ait franchi de nouvelles étapes significatives.

En soi, outre ce relief puissant, semi-désertique, qui caractérise toute cette région, on comprend qu'il ait été historiquement un des lieux de résistance ultime des autochtones lors de la conquête, quand on constate à quel point l'accès au rocher est escarpé.
Mais avec ses masses rocheuses dressées, il n'offre pas de vues plus spectaculaires que celles qu'on peut apercevoir depuis les arêtes, les belvédères ou les sommets des environs.
Au-dessus du musée archéologique, le sentier qui y conduit, assez pentu mais très bien aménagé devient plus difficile quand on se rapproche d'un fameux rempart ancien de pierres sèches, dont il reste des vestiges.
Nous n'irons pas au-delà, quand il devient presque un chemin de crête ascendante, assez vertigineux.




Les avancées relatives aux recherches sur ces peuples indigènes qui vivaient là, bien longtemps avant les conquérants venues d'Europe, consolident et confirment certaines hypothèses, en prennent d'autres à contre-pied, parfois avec grande raison, d'autres fois de manière surprenante.
Qu'ils soient venus par la mer depuis le proche continent nord-africain n'est plus une surprise, ni le fait qu'il se soit agi de Berbères (ce que confirment les études archéologiques, génétiques, linguistiques, et sur les modes de vie).



La longue période pendant laquelle ils viennent là s'étale de -2500 à -500 environ. Les historiens ont pu corréler ces venues aux périodes d'instabilité politique et sociale en Afrique du Nord.
La part du hasard ne semble donc pas être l'élément de causalité majeur à ces migrations.
Sur le noms de "Canaries", s'il est admis qu'il ait été attribué par Juba II quelque 25 ans avant JC en raison du grand nombre de chiens trouvés là, une autre origine est rapportée par Abreu Galindo dès 1602 : "dans les Monts Atlas, il existe une tribu d'Africains appelée Canaries, qui peut-être découvrirent et peuplèrent l'archipel, et l'appelèrent de leur nom."

La Gomera
Tenerife
En tout cas, un sort définitif doit être fait à la fausse rumeur selon laquelle les habitants des différentes îles n'avaient pas de relation et ne naviguaient pas de l'une à l'autre.
Ici, l'île de la Gomera, vue depuis la côte ouest de Tenerife à Los Gigantes (distance d'environ 28 km) ; et dans l'autre vue, les autres îles vues depuis la côte sud de Lanzarote.

Gran Canaria
Tenerife
Lanzarote
Fuerteventura