
Gran Canaria :
Maspalomas, sud ensoleillé,
phare-repère, dunes et tourisme de masse
Maspalomas,
localisation

L'essentiel des capacités hôtelières de l'île est au sud ; celles du nord sont réduites. Et pour cause, l'héliotropisme...
Il nous a donc fallu encore accepter un hébergement à Maspalomas, mais cette fois dans un ensemble hôtelier manifestement très récent, construit sur les pentes du piémont, d’anciens champs de terre sèche ocre un peu en hauteur, fraîchement urbanisées.


De là, le phare de Maspalomas, fameux repère local, se situe à 3 km à vol d'oiseau presque droit vers le sud, en descendant le lit canalisé, asséché et rectiligne du Charca de Maspalomas.

Les abords de l’aéroport, mais bien d'autres sites ailleurs aussi, sont couverts de bananeraies enveloppées de leur toile qui fait comme un linceul ivoire aux arêtes nettes.
Sauf pour ceux des champs qui sont soit en jachère, soit en attente peut-être de la prochaine production saisonnière.
Alors, la toile est éventrée, déchirée, laissant apparaître les tringles rouillées de l’infrastructure, et un grand désordre chaotique à l’intérieur. Comme une impression d’abandon après un cataclysme soudain.
Rarement, comme ici au nord, on ne verra de ces puissants et florissants champs de bananes à nu, dépouillés de leur protection.


Dans cette partie sud de l'île, notre regard s’imprime aussi de ces pentes volcaniques qui s’élèvent rapidement vers le nord au-dessus de la côte, de ces aspérités sèches, comme stériles, des anfractuosités vastes et profondes des ravins, les barrancos.

Seuls de graciles bosquets de palmiers ou de très hauts arbustes d'euphorbes ou d'autres variétés de plantes pour climat sec rompent avec grâce la sévérité minérale, formant de minuscules oasis.
Aux abords immédiats de la côte ouest, au-dessus de la frange urbanisée, les dévers quasi-déserts sont hersés avec soin dans le sens de la plus grande pente peut-être pour capturer les moindres gouttes d’eau et les collecter.


Maspalomas,
autour du phare-repère
Ecrasant de sa hauteur le bâtiment ancien fraîchement rénové érigé en même temps que lui, le phare de Maspalomas reste le repère inamovible de la région, et joue de son statut de star, dominant les alentours.
Dans le voisinage immédiat, l'opulente chevelure de bougainvillées qui agrémentait splendidement une enfilade de pergolas s'est rétrécie comme poils de chauve. Dommage.
Autour du phare, quelques commerces immédiats, la station de bus voisine sont là, intacts comme avant.


Mais les galeries commerciales se sont largement développées tout autour, de même que les restaurants, les cafés, qui longent la corniche au-dessus de la mer où la côte reste vers l'ouest très rocheuse, longeant l'enfilade d'hôtels successifs.
Un soin d'entretien méticuleux pousse le détail jusqu'à dessiner des cercles réguliers concentriques dans le sable autour de la base des troncs de palmiers.

Le soleil déjà ardent nous fait rechercher en vain un peu d'ombre pour notre pique-nique.
L'hôtel de notre première visite a été manifestement refait et ne conserve que le nom de la chaîne à qui il appartient.
Mais en retrait, dans un très vaste espace qui semble réservé et n'a pas été plus construit, on reconnaît les grands et très originaux hôtels de luxe de notre première visite et, seul en arrière, le très moderne et encore agréable palais des congrès.
Maspalomas,
des dunes pour jouer

L'embouchure du Charca de Maspalomas est intacte, enserrée entre les complexes hôteliers à l'ouest et le fameux et toujours incontournable petit désert à l'est vers Playa del Inglès.
On ne sait si l'eau provient ici, dans ce petit paradis ornithologique protégé, d'une infiltration de l'océan voisin à travers le renflement du sable de la plage et/ou bien des eaux des barrancos du nord.

Les hérons et quelques autres élégants échassiers blancs sont toujours là, pêchant patiemment et étalant leur plumage au soleil.


Pendant que sur la petite terrasse en rotonde à l'entrée de la grande plage, un immigré fait dans un recoin discret, seul, sa prière vers La Mecque, s'étalent sur le sable les alignements orangés des chaises longues et des parasols.


Vers l'est commencent là les dunes du petit désert de 400 ha, curiosité géologique.
Il suffit de s'y aventurer en s'écartant de la plage pour retrouver cette sensation quasi saharienne, mais dans le confort, et sans aucune crainte de se perdre.
La magie des crêtes marquées, des lisses pentes concaves des dunes, des ondulations figées est toujours là. Laissant croire à l'immensité pendant les quelques instants où sont masqués l’horizon bleu de l’océan d'un côté, la ville basse de l'autre.
Un vent vigoureux étire à plat des filets de sable au bord des petits promontoires naturels.






Là, c'était en mars 2014. Autre lumière...
Cinq ans plus tard s'illustre très concrètement la réponse à l'énigme du Sphinx à Oedipe : le troisième âge, celui où l'homme s'aide d'une canne, le voilà bien.
Mais pire, ce sont deux cannes qu'il faut au vieillard présomptueux.
Bien utiles en tout cas les béquilles!!!



Au sommet d'une dune, un couple selfieux, pas narcissique pour deux sous, se contorsionne pour figer son image et la partager avec son monde de "suiveurs".
Entre ces modestes hauteurs (pas plus de 13 mètres) viennent se blottir de petits groupes de touristes allongés sur des chaises-longues, bien asséchés de soleil, de vent et de sable.

En bord de mer, la foule des promeneurs curieux parcourt toujours cette longue plage qui longe le petit désert, bravant le sable qui cingle la peau et file en drapés tendus et sinueux au ras du sable parfois noir, presque damé.
Rien ne retient le vent du large.

vers le phare et l'ouest

vers l'est et Playa del Inglès

Une cahute arbore bientôt le drapeau arc-en-ciel LGBT autour duquel se rassemblent des nudistes des deux sexes et de tous âges.
Plus ou moins discrets ou exhibitionnistes, parfois caricatures de chair flasque et débordante pour les plus âgés, rares chefs-d’œuvre anatomiques chez les plus jeunes, sans insister, ils tentent un bain dans cette eau presque glacée, ou bien s’abritent au creux des dunes en retrait pour capter le soleil.
Sur la large bande de sable, une attitude saugrenue : ce qui semble être un allemand est allongé, seul, sur une serviette en plein vent violent, un vent insupportable pour tous les autres.
Vieille discipline prussienne ou plaisir maso? Les deux peut-être mon petit caporal.
Gran Canaria,
vers Playa del Inglès
Poursuivant plus à l'est, on atteint et on reconnaît maintenant, en marge du petit désert qui se rétrécit là, fixé de buissons épineux épais, une large piste, parfois de bois, ailleurs de pierre, plantée sur le sable, de part et d’autre de laquelle défilent bistrots, restaurants, boutiques souvent kitsch.



Le sommet du tourisme de masse, où l’on s’attable pour siroter et contempler l’océan et l’horizon, à défaut de pouvoir s’y plonger.
Yes, "how not to be a sheep?" comme le détourne adroitement une publicité de la rue.

Sur la terrasse de l'une de ces brasseries, un chanteur pop noir de talent, attire et retient avec ses interprétations a capela les chalands qui passent.
Puis vers l'est, la falaise s'élève progressivement, celle de Playa del Inglès.
A son sommet, quelque 50 marches d'escalier plus haut, une longue et belle terrasse piétonne surplombe la mer et la baie, longeant de très belles résidences touristiques parfaitement privées.


vers l'ouest

vers l'est, le boulevard piétonnier en terrassse
Gran Canaria
un Carnaval envahissant

En cette période printanière, du 14 au 24 mars se tient à Playa del Ingles l’immense « Carnival », à forte connotation gay mais pas seulement. Il se ponctue dans la nuit du 23 au 24 mars par une grande parade bon enfant qui réunit toute la jeunesse de l’île, une partie de celle de l’archipel et pas mal d'étrangers.
L’engouement que suscite cet événement est considérable. Même dans le quartier de notre hôtel, pourtant éloigné, on le mesure à l’afflux des participants. Chacune, chacun a fait un effort véritable et achevé de déguisement, jusque dans le détail. Leur originalité débordante, facétieuse, délirante, rappelle souvent des personnages pop, de séries à la mode ou de dessins animés, des personnages des marvels, des drag queens...
Au point qu'il nous faut garer la nuit notre voiture de location sur un trottoir, faute de trouver une vraie place de parking dans la rue, alors qu'il est facile d'en trouver le reste du temps.
La nuit se ponctue, dans l'environnement trépidant du son électro et les éclats de voix des petits groupes allant puis revenant, par le percement fréquent de la sirène des voitures de la « guardia civil ».
Au petit matin du lendemain, ils sont nombreux à avoir tenté de dormir dans leur voiture, faute d’avoir pu réserver un hébergement, ou délibérément d’en avoir fait l’économie.
Outre les canettes, les trottoirs se jonchent des quelques dépouilles colorées dont beaucoup s’étaient accoutrés, mais sans le laisser aller de ceux à qui l’esprit civique ferait défaut.
Si bien qu’au matin, tout est calme, propre et net quand les touristes au départ d’une excursion croisent les dormeurs, fenêtre de voiture ouverte, achevant leur courte nuit.