
Revoir Gran Canaria :
de Puerto de Mogan à Puerto de Las Nieves
Revoir pour mieux aimer? Piège ou magie, selon le cas.
En tout cas, on aura revu notamment pour l'occasion les sites d'Agaete, de Puerto de Nieves, de Puerto de Mogan, du moulin dans la vallée...

Gran Canaria,
Puerto de Mogan
Voici un exemple de bonification par le temps et par les strates de vécus touristiques accumulés, au sud-ouest de l'île à Puerto de Mogan. La désagréable impression que nous avions eue fait place à une sorte de sensation de beauté opulente, maintenant drapée dans une sereine et assez belle légitimité.
On regrettait il y a 5 ans le caractère factice du port, des habitations trop soigneusement décorées de bougainvillées, de l'acharnement à vouloir séduire à toute force le touriste.
Même en restant réservé au tourisme presque exclusivement, au lieu des déplaisants artifices des origines, c'est maintenant une séduction encore facile et aguichante, mais qui a pris une belle patine, à laquelle le petit port de pêche ajoute sa caution.
Comme si chacun avait trouvé ses marques, avec un nouveau et surprenant gage d’authenticité.


Si les hébergements se sont encore développés sur la grande avenue qui vient de la sortie de l'autoroute, débordant d'architecture de mauvais goût, c'est au bénéfice du centre comparativement sobre et élégant aujourd'hui, à côté du port de pêche.
Un nouvel équilibre après que chacun se soit approprié son espace et y ait vécu quelques années, que le port de pêche probablement réaménagé, plus spacieux ait trouvé son espace dû.
Si l'on retrouve les grandes nasses de pêcheurs, elles sont là bien rangées, dans un enclos dédié, ordonné.
Même l’eau du petit port de plaisance est d’une limpidité étonnante où de petits bancs de poissons baguenaudent lentement (mais où sont les égouts dont on sentait l'odeur il y a 5 ans ?).



La seule galerie-passage de bas-relief que nous avions appréciée la première fois est intacte et reste encore originale.
Commerces, restaurants, brasseries sont bien là, mais paisibles, presque languides, sans ce gênant empressement d'avant.
La taille des buissons et des arbres décoratifs (outre les bougainvillées, ce sont les hibiscus, les superbes jacarandas en fleur...) atteint de respectables dimensions, qui con(i)fèrent une belle ampleur aux petits parcs.


Tout a aussi été fait pour parvenir plus vite sur ce site : l'autouroute qui ceinturait la côte à l'est a été prolongée depuis le sud-est jusque-là, perçant plusieurs plis rocheux successifs. Et pour l'instant s'interrompt justement à l'échangeur qui permet d'aller au sud vers notre port, et au nord vers le village de Mogan.
Seul le contraste aride des contreforts d'arrière-plan rappelle le caractère forcé du site.
Gran Canaria,
un peu de Mogan et de sa petite région
Dans le barranco de Mogan qui s'étire vers le nord, le moulin sur la route tend toujours ses ailes immobiles, pimpant, libre d'accès, avec son jardin de plantes grasses de belles dimensions et ses reproductions géantes d'appareils ménagers anciens qui amusent grands et petits.
Certains ont même été ajoutés depuis notre premier passage.
Et soudain, lilliput est pris d'un grand effroi entre ces objets pour géants et les épines acérées qui s'habillent de duvets trompeurs, perfides anémones terrestres.



Mais l'intérêt s'amenuise au 2nd passage ici.


Et l'on est peut-être plus intrigués par les aloe vera en fleurs, perdus au milieu de figuiers de barbarie qui desquament.
Ailleurs, des champs de cette succulente s'aperçoivent depuis la route, destinés à la production de sucs, d'essences, gels, huiles ... qui peuvent en être extraits.
Nous avions évité le village même de Mogan. Nous y faisons cette fois une pause, à la recherche d'informations sur les possibilités de randonnées dans le coin.
Ce que nous parvenons à obtenir dans une sorte d'association-école du village.
A flanc très pentu de colline, celui-ci a un certain attrait.
Comme bien d'autres de l'île, de beaux efforts sont fait pour valoriser le patrimoine ancien, le rafraîchir, l'agrémenter de décorations ludiques ou pédagogiques attractives et proprettes.
Partout en tout cas, un soin plus grand encore qu’il y a 5 ans, presque méticuleux est mis dans l’entretien des témoignages anciens et l'illustration des folklores des deux derniers siècles.


Au point même que l'effet soutenu devient trop appuyé, l'aspect trop neuf, trop net, trop lisse. Et que l'on perd un peu en fantaisie et en spontanéité.
Même la belle petite église typique dominant une place ombragée d'arbres vénérables où court une charmante mais froide pergola apparaît bien sévère.



Alors, quand inopinément surgit le charme bohème d'un mur épais à la vive couleur décrépite, bien oublié, c'est un petit bonheur. Et la profusion des plantes sauvages, souvent des succulentes, qui poussent sur son faîte, est... une fête.
Grâces soient rendues pour une fois aux sévères détenteurs des cordons de la bourse : la subvention, les moyens du propriétaire n'ont pas suffi ; voilà un abandon, un clin d'oeil champêtre spontané très estimable.


Ailleurs, c'est une masure au toit cabossé, sous un palmier échappé d’oasis, ou un buisson maintenant sauvage de bougainvillées ou d’hibiscus.
Souvent, une maison de toit rouge, une chapelle, une placette, offrent des façades grossières peintes en blanc dont les moellons décrépits sont une surprise pour l’œil.

Comme à Lanzarote, les pierres d’angle aussi colorées et contrastées, les couleurs intenses et pourtant harmonieuses qu’osent certaines façades, l’enfilade de courtes ruelles accroissent le pittoresque.



Le remarquable est aussi dans la propreté des lieux, des hameaux, des petits villages. Si propres même qu'on croirait que chacun retient son souffle de peur de ternir, de tacher.
Jusqu’à la moindre toilette dont la netteté ferait honte à celle d'un sous-sol de brasserie parisienne même cossue... (et pas d'argument fallacieux de fréquentation!).
Gran Canaria,
vers Agaete à tire d'eau
Vers le nord-ouest, au-delà de Mogan, on reconnaît soudain dans les amples lacets de la montagne ce lieu de strates colorées, nommé pour cette raison "Azulejos".
Mais là, c'est sous une petite pluie battante, et donc presque au pas de course, en tout cas autant que nous le permettent nos vieux poumons étriqués.
Même sous cette lumière fade de cimes embrumées, la magie des couleurs s'exerce encore.


On reconnaît ensuite cette route bien entretenue qui franchit deux ou trois petits cols à travers autant de barres montagneuses minérales d'un ocre sombre, passe le gros village sans intérêt de La Aldea de San Nicolas, pour parvenir enfin au-dessus des falaises noires qui plongent sur l'océan.
Mais cette fois, le ciel est lourd de nuages et point de vent du tout.
La route en balcon parfois vertigineux tient ses promesses, avec au loin sur son bas plateau côtier la blanche ville d'Agaete et Puerto de las Nieves le petit port de départ des bateaux vers les autres îles.
Là, pas plus aujourd'hui que jamais, nulle neige mais une belle pluie abondante et fraîche qui souligne violemment le contraste entre le sombre bistre de la montagne et les maisons blanches.
Traversée hâtive d'Agaete où la circulation est plus compliquée, presque haletante (il aura suffi de sens uniques malencontreux) jusqu'au port.
Un ferry part, la houle est forte malgré l'absence de vent. Regret de notre premier souvenir lumineux et drossé.
On reconnaît au pas de course la configuration du village clair, dont seuls deux restaurants accueillent les passagers d'une croisière, bruyants et assoiffés. Le reste du village semble mort.


Ermita Nuestra Senora de Las Nieves
mars 2014
mars 2019
Et voici la petite église (Ermita Nuestra Senora de Las Nieves), à côté du grand parking. Elle apparaît bien isolée et étriquée sous cette triste lumière. On l'avait vue pimpante et fière la fois d'avant.
Partons! Que dis-je, fuyons!!