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Gran Canaria : des visites inédites

 Artenara, Galdar, Firgas, Arucas...

La côte nord était absente de notre premier séjour, de même que quelques sites ou villages plus intérieurs de l'île.

Les autoroutes rapides permettent aujourd'hui sans effort, par la côte est, d'atteindre le nord depuis le sud et de jouir tranquillement des découvertes sans avoir à rentrer trop vite ou trop tard vers notre hébergement.

Au nord, ce seront notamment  les villes de Galdar, Arucas, Firgas, et plus au centre, les villages d'Artenara, d'Agüimes, de Temisas, le Roque Bentayga...

nord-est de gran canaria par google  earth

Gran Canaria,

Artenara, le plus haut et beau village de l'île

Artenera, troglodyte de montagne

Une longue et sinueuse route gravit allègrement la montagne, pour atteindre ce très pittoresque village, à 1250 mètres d'altitude.

Entre deux beaux dragonniers, la petite et dynamique sculpture à la gloire des cyclistes est rattrapée à l'arrivée sur le plateau par deux grimpeurs émérites.

arrivée à Artenara, plus haut village de Gran Canaria, Canaries

La belle place que borde notamment l'église de San Matias, est balayée par un petit vent piquant qui nous fait fuir l'ombre.

Murs blancs, arêtes verticales crénelées de pierre volcanique sombre, clochers récents (1957), elle est typique du style canarien.

Reconstruite en 1865 à la place d'un ermitage franciscain du début du 17ème siècle, son saint patron Matias est celui du village, mais aussi (qui sait pourquoi?) celui des pins canariens depuis 1997.

église San Matias, canarienne typique, Artenara, Gran Canaria, Canarie
intérieur et plafond mudéjar de l'église d'Artenara, Gran Canaria, Canaries
P1090251-2.jpg

Comme dans de nombreuses églises canariennes, le plafond est en demi-cylindre, mais surtout se décore de motifs mudéjars (on y reconnaît la persistance du motif octogonal arabo-andalou) qui forme l'artesonado (motifs répétés en caissons).

Roque Nublo et Roque Bentayga depuis Artenara, Gran Canaria, Canaries

Roque Nublo

Roque Bentayga

La place descend lentement vers une vaste terrasse à son extrémité, d'où l'on peut contempler à loisir dans le silence les profondes vallées environnantes.

De là, on aperçoit en particulier au premier plan le Roque Bentayga et au loin le Roque Nublo.

Quelques minuscules hameaux s'aperçoivent le long de routes, parfois des pistes escarpées, des sentiers étroits qui fuient.

 

Les pentes montagneuses ne sont que maigrement boisées de pins canariens dressés comme des cyprès toscans. Elles se couvrent d'une végétation courte de plantes grasses vigoureuses, cactus, petits bosquets de palmiers au fond des vallons protégés, de buissons ronds et drus (diverses variétés d'euphorbes, dont certaines sont endémiques...), qui laisse en majeure partie apparaître le sol sec et minéral.

cavités naturelles troglodytes, Artenara, Gran Canaria, CanariesP1090265.JPG
végétation canarienne, Artenara, Gran Canaria, Canaries

Le village-balcon s'accroche à flanc de montagne au pied d'une courte falaise en surplomb, qui dissimule de multiples cavités naturelles.

 

La population venue d'Europe s'y est installée ingénieusement en créant un véritable village troglodyte, dont la visite est édifiante.

Mais cet habitat était d'abord celui de la population pré-hispanique, les fameux Guanches, dont les descendants des conquérants se sont parfois inspiré avec originalité pour combattre le froid, l'humidité, la maladie (choléra...).

La roche volcanique noire est ici suffisamment tendre pour avoir pu être creusée au pic, et permettre d'aménager d'autres pièces. La prévention des maladies (épidémies de choléra,...) a nécessité de chauler les pièces chaque année. Apportant aussi une meilleure luminosité.

ancien habitat troglodyte, Artenara, Gran Canaria, Canaries

Comme dans toute visite d'un habitat troglodyte, on constate à quel point l'homme s'est efforcé, avec une persévérance remarquable au travers des générations, de développer ses précieuses expériences et ses savoir-faire pour s'adapter au milieu, chaque fois que les conditions locales, même parcimonieuses le lui permettaient. 

Maïs rouge à égrener, amandiers pour l'huile précieuse, vignes courtes et vins lourds, protection à l'aide de feuilles de palmiers séchées, filtrage de l'eau de la montagne à travers une roche poreuse, poteries, céramiques sans tour ni four à la manière des Guanches, métiers à tisser, élevage du cochon, des chèvres, des moutons, ils savaient tirer leur subsistance de leur environnement immédiat.

Les fromages, précieux, étaient réservés à la vente ; de sorte que seul le petit-lait était réservé au gofio, le fameux mets canarien ancestral.

Pour celui-ci, après 1492, le maïs des Amériques, torréfié, avait progressivement remplacé les céréales locales comme le seigle, le blé, l'orge, l'avoine et les fèves séchées.

La viande était séchée ou conservée dans un mélange d'huile d'olive et de graisse de porc, ou bien encore dans le sel.

on cultivait le maïs, Artenara, Gran Canaria, Canaries
cuisine troglodyte, Aetenara, Gran Canaria, CanariesP1090289.JPG

On constate au passage, tout comme au Roque Nublo et ailleurs,  que les traductions d'information des sites touristiques ne se limitent plus à l'anglais et à l'allemand... puisqu'on en trouve même en français. Gran Canaria ne serait donc plus la chasse gardée de nos amis anglo-saxons? 

Mais aussi, la visite est libre d'accès. De plus, sans dénaturer pour autant l'authenticité, le niveau de recherche dans la présentation, les explications, la mise en scène sont assez remarquables.

Presqu'un paradoxe,... ou bien le doit-on à de généreuses subventions?

De petits vans déversent des groupes de touristes en circuit.

 

Pressés aussi par leur guide, ils déboulent, parcourent le site au pas de charge et déguerpissent, encombrant à l'extrême les volumes visités, forcément confinés.

Juste en contrebas, une sorte de place récente a été aménagée sur un grand palier circulaire, adossée à la forte pente au sommet duquel trône un monumental Christ blanc de dévotion.

Derrière une belle pergola nue faite de bois et de pierre noire, la place est bornée vers la vallée par de robustes et imposants mimosas en fleur, qui, dans un silence total, exclusif, se rengorgent de leur lourdes et éclatantes grappes mousseuses.  

mimosa de montagne, Artenara, Gran Canaria, Canaries

Gran Canaria,

au nord-est, Galdar, centre historique et site préhispanique important

Galdar, petite métropole du nord

Nous parvenons à Galdar par l'autoroute nord depuis l'est.

Quand on s'en approche, impossible de ne pas remarquer ce mont à la forme presque parfaitement conique.

 

C'est le pic de Galdar, une sorte de colossal tumulus naturel, qui fut aussi montagne sacrée pour les habitants pré-hispaniques. Au pied se condense la ville. Il culmine à 430 mètres, 300 mètres au-dessus du centre historique.

Un habitat de maisons à terrasses cubiques à la manière nord-africaine part à l'assaut de la pente.

habitat à terrasses, pic de Galdar, Gran Canaria, Canaries

Le jour de notre visite se tenait la Fête des Fromages (Feria del Queso), sur la belle Plazza de Santiago, qui est comme un immense parvis de la monumentale église locale.

Transition architecturale entre baroque et néo-classicisme, celle-ci date de la fin du 18ème siècle (l'époque classique n'est qu'à un gros siècle auparavant). C'est l'église "Santiago de los Caballeros".

église Santiago de los Canalleros, Galdar, Gran Canaria, Canaries

Sous les étals qu'abritent des tentes-parasols blanches, les producteurs font goûter leurs spécialités. Avis aux amateurs gourmands, dont, un peu honteusement nous avouons ne pas être!!

D'autres présentent la production artisanale locale.

la fête aux fromages, Galdar, Gran Canaria, Canaries

Le long des façades de ce baroque local chaudement coloré, une autre sorte de festivité se prépare : des groupes folkloriques viennent interpréter des airs anciens sur une grande scène, tous vêtus de leurs costumes traditionnels d'une parfaite finition.

Avant leur prestation, ils déambulent avec une fierté d'habitués, un peu cabotins, volontiers posant, femmes mutines, les hommes la main au revers, large ceinture fléchée qui, en enserrant la taille avantage l'embonpoint, au milieu des touristes peu nombreux, des enfants qui jouent, des cyclistes et des motards de passage.   

groupes folkloriques canariens, Galdar, Gran Canaria
folklore canarien Galdar, Gran Canaria, Canaries
comme commères sur marché, folklore canarien, Galdar, Gran Canaria, Canaries

Pour enfin vaillamment, à pleine voix, chanter leurs airs traditionnels, même si le public est encore clairsemé.

pittoresque canarien Galdar, Gran Canaria

Dans une cour-patio de l'ancien Hôtel de Ville se trouve emprisonné le plus vieux dragonnier de l'île (mentionné dès 1718), si vaste et si enserré entre ses murs qu'on ne voit que l'entrelacement de ses branches puissantes, à peine son feuillage.

 

C'est là que le grand angle aurait été utile.

Mais il n'est pas millénaire comme celui de le côte nord-ouest de Tenerife, à Icod de los Vinos.

Puis la foule se fait plus dense, même si les rues avoisinantes restent presque désertes.

 

Ailleurs dans une rue plus paisible encore, un cheval attaché à un réverbère s'impatiente, nerveux, et gratte de son sabot le trottoir. Curieuse rencontre presque incongrue.

cheval nerveux, Galdar un dimanche, Gran Canaria, Canaries
un dragonnier enfermé, Galdar, Gran Canaria, Canaries

Cette ville recèle, à quelques pas de cette place centrale un site remarquable, la "Cueva Pintada" ; non, pas le jacassant volatile dans une grotte, mais la "caverne peinte".

L'entrée est un pignon d'un immeuble moderne. L'aménagement intérieur avant l'accès au site archéologique est assez remarquable.

Sous une immense structure métallique qui recouvre toute une pente (5700 m² au total), voici l'un des sites archéologiques de l'époque préhispanique les plus importants de l'île et de l'archipel même.

Mais, trop chronophages, nous ne verrons pas un autre site voisin presqu'aussi important.

Un parcours sur passerelles permet de découvrir de manière ludique et pédagogique l'ensemble du site, des vestiges ancestraux, des fouilles encore en cours et des reconstitutions soignées qui y sont présentées.

Ci-contre, cette représentation du site en donne une vue d'ensemble.

 

Ci-dessous, une vue du volume couvert, dans sa plus grande dimension.

site archéologique guanche de Galdar, Cueva Pintada, Galdar, Gran Canaria, Canaries
site protégé pré-hispanique, Galdar, Gran Canaria, Canaries

Pour plus d'informations sur l'époque préhispanique, voir la visite du Roque Bentayga.

Firgas, cascade... de céramiques

Gran Canaria,

Firgas, cascade de céramiques (ou d'azulejos?)

Sous un ciel très maussade, même la côte que nous longeons par un court détour est renfrognée. Une moderne (1951) chapelle safran restitue un brin de couleur et d'optimisme. 

océan sur roche noire, nord de Gran Canaria, Canaries

Revenant en direction de l'est vers Las Palmas, il faut sortir de l'autoroute et gravir parfois abruptement des routes escarpées, quitte à se perdre en traversant de tout petits hameaux qui tutoient des ravins masqués, pour atteindre les deux villes de Firgas et Arucas.

Parvenus au centre du village de Firgas, au-dessus d'une généreuse fontaine, la "promenade de Gran Canaria", anciennement rue Royale (calle Real) construite sur une longue et forte pente est un sursaut de lumière et de coquetterie.

Firgas, promenade de Grand Canaria, azulejos, Canaries

Depuis le milieu de la pente, une cascade en paliers successifs maçonnés rebondit abondamment.

Ce bel enchaînement de chutes est splendidement longé du côté de l'église par des bancs richement décorés d'azulejos, surmontés là aussi des blasons locaux.

Firgas, la promenade de Gran Canaria, céramiques et cascade, Canaries

Plus haut, après avoir croisé une rue horizontale, l'ascension de la pente se poursuit, et la rue se rétrécit autour du terre-plein central qui, cette fois, est décoré de grandes dalles de carreaux illustrant autant qu'il y a d'îles de l'archipel canarien.

Sur chaque dalle encadrée comme un tableau, un ensemble de carreaux représente un paysage symbolique de l'île concernée -par exemple pour Gran Canaria, c'est le panorama autour du Roque Bentayga-, surmontant l'image en relief de l'île et son blason. 

Une courte et très expressive leçon d'histoire -géo à ciel (à peine) ouvert.

Firgas, fresque historique de rue, Gran Canaria, Canaries

Malgré la fraîcheur de l'air (Marlène a enroulé son écharpe autour du cou, et je me gèle presque), l'effet global est une sorte de splendeur originale qui fait la réputation du village.

Mais qu'on ne voit ici qu'au ras du sol, faute d'avoir osé utilisé un drone qui aurait mieux rendu la globalité de la perspective.

église canarienne typique, Firgas, Gran Canaria, Canaries

Certains ont beau dire que d'ici, à plus de 500 mètres au-dessus de l'océan, le panorama est magnifique, inutile de se retourner vers le nord pour tenter d'apercevoir l'horizon : il est bouché comme celui de Terre-Neuve en automne.

L'église blanche aux arêtes de pierre de lave se dresse fièrement d'un côté.

La cascade dévale la pente sur toute la longueur de son parvis et de la place qui le prolonge en terrasse.

Parfois un pignon, une murette, un toit, ont le charme rustique des recoins négligés. 

recoins au charme rusrique, Firgas, Gran Canaria, Canaries
Arucas, si terne ce jour-là

Gran Canaria,

plus à l'est, Arucas

Cette ville, plus importante que Firgas, impose immédiatement la masse acérée de sa cathédrale, sur un petit plateau au pied d'une forte et courte pente.

Mais ce monument néo-gothique espagnol dentelé-flamboyant, construit au début du 20ème siècle sur le site d'une chapelle originelle du 16ème dédiée à St Jean Baptiste, est faite de pierres d'une triste et terne couleur gris poussière, la fameuse "pierre d'Arucas"...

monumentale cathédrale d'Arucas, Gran Canaria, Canaries
puissantes colonnes, intérieur de la cathédrale d'Arucas, Gran Canaria, Canaries

Presqu'un rappel de la destination finale des corps dans le cimetière voisin...

L'intérieur vaut mieux avec ses puissantes colonnes cannelées, ses murs blancs un peu trop lourdement nervurés de pierre sombre.

Sous le ciel lui-même d'un gris de cendre, il faut laisser son imagination s'ensoleiller des couleurs des immeubles qui dévalent la pente pour tenter de rattraper cette déprimante impression.

charme canarien, même sans soleil, Arucas, Gran Canaria, Canaries
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